La période franque
Introduction
Les peuples germaniques, établis dans lempire romain pour la plupart avec laccord des autorités impériales, au titre de fédérés, cest-à-dire dalliés du peuple romain, se sont taillé des royaumes en principe subordonnés à lempereur. La déposition du dernier empereur doccident en 476 na rien changé. A la fin du Ve siècle, le territoire de la Gaule était partagé entre un royaume wisigoth, sétendant de la Loire aux Pyrénées, un royaume burgonde à lemplacement de la Bourgogne, de la Franche-Comté, du Dauphiné et dune partie de la suisse actuel, un royaume alaman à lest, couvrant lAlsace, le pays de Bade et la suisse dite alémanique, et deux royaumes francs, celui des francs saliens entre Bruxelles et Cambrai, celui des francs ripuaires autour de Cologne, tandis quun vaste territoire entre Somme et Loire, où navaient guère pénétré les barbares, restait aux mains dofficiers gallo romains devenus indépendants.
En quelques décennies, le roi des francs saliens, Clovis, conquit et réunit sous son autorité presque tous ces royaumes. Ses fils parachevèrent son uvre en semparant de la Burgondie et de la Provence. La Gaule tout entière devait, pendant deux siècles et demi, être gouvernée par leurs descendants, membres de la dynastie mérovingienne. Les Mérovingiens tiennent leur nom de Mérovée, roi légendaire franc salien, père de Childéric Ier et grand-père de Clovis, et constituent la première dynastie royale de France, qui régna pendant trois siècles (milieu du Ve siècle-751). Après la chute du
dernier mérovingien (751), la royauté franque passe aux mains des carolingiens (dynastie qui, de 751 à 987, donna douze rois à la France, de Pépin le Bref à Louis V, et à laquelle appartinrent également plusieurs empereurs germaniques et rois de Saxe, de Bavière, d'Italie, d'Aquitaine, de Lorraine ou de Provence), qui menèrent une nouvelle politique dexpansion territoriale en Germanie (Frise, Bavière, Saxe, Thuringe) et en Italie, au détriment dun autre peuple barbare qui sy était installé au VIe siècle, les lombards, et édifièrent un empire qui sétendait sur toute lEurope occidentale, à lexception des îles britanniques et de lEspagne.
La personnalité des lois
La rédaction des lois
La personnalité des lois est le système juridique plusieurs lois sont susceptibles dêtres appliquées sur un même territoire, en raison de la coexistence de groupes ethniques différents : le rattachement de la personne au groupe ethnique entraîne lapplication à lindividu de la loi qui régit ce groupe. La rédaction des lois nationales des peuples barbares a été entreprise sur lordre de leurs peu après létablissement en Gaule et a donné matière à une législation importante. Les barbares avaient apporté dans lOccident romain leurs coutumes orales, dont nous navons quune connaissance très partielle et
indirecte par le témoignage des écrivains latins. A partir du Ve siècle, ces coutumes, pour les fixer, peut être aussi pour leur permettre de résister à linfluence du droit romain, ont été mises par écrit sur ordre du roi et promulguées en qualité de lois.
Au VIe siècle, les rois burgondes et wisigoth ont fait rédiger des lois applicables aux gallo-romains uniquement. La loi romaine des wisigoths ou bréviaire dAlaric, rédigée en 506 par le roi Alaric II et préparée par une commission de juristes, est fait demprunts au code Théodosien pour les constitutions impériales dont ont été reprises la plupart des dispositions de droit privé, aux compilation gallo-romaines de droit vulgaire pour les uvres doctrinales. Etendu à toute la Gaule après la conquête par Clovis de lAquitaine wisigothique, il a fait lobjet de résumés postérieurs et exercé une influence durable. Du royaume burgonde est issue une compilation des lois romaines, la loi romaine des
burgondes ou Papien, composée entre 502 et 506. Sous linfluence des gallo-romains, les barbares vont entreprendre la rédaction de leur propre roi.
Ce travail de rédaction par voie législative a été mené avec plus ou moins de fidélité aux traditions germaniques. Le code dEuric est la première rédaction des lois des wisigoths effectuée en 476 à linitiative du roi Euric. La loi des burgondes ou loi Gombette a été composée vers 502 sur ordre du roi Gondebaud. La loi des francs saliens ou loi salique, rédigée en latin sous le règne de Clovis, vraisemblablement à partir dun règlement militaire du IVe siècle édicté pour assurer la discipline des soldats francs enrôlés dans les armées impériales, fut révisée à plusieurs reprises, la dernière fois sous Charlemagne. La majorité des dispositions concernent les crimes et délits, il semble que la préoccupation majeure a été dabolir le régime de la vengeance privée en imposant au coupable, en cas de blessure ou dhomicide, le paiement dune composition pécuniaire.
Les difficultés
La juxtaposition des lois barbares et des lois romaines soulevait la question du droit applicable devant les tribunaux. On la longtemps crue résolue par le recours général à la personnalité des lois, qui déterminait la loi compétente en fonction de lorigine ethnique des parties. Au début du procès, le juge interrogeait chacun des plaideurs : « sous quelle loi vis tu ? », et, suivant la réponse, jugeait selon la loi franque si le défendeur était franc, selon la loi romaine sil était gallo-romain. LEglise était soumise uniformément au droit romain. La fusion progressive des « races », loubli des origines, ont enlevé une bonne part de son objet à la personnalité des lois, qui na laissé que quelques traces aux IXe et
Xe siècles.
La territorialité du droit
La territorialité du droit suppose que les mêmes règles de droit sappliquent à tous les individus vivant sur le territoire national. La législation des rois francs et surtout celle des carolingiens sest exprimée sous la forme de capitulaires, lois divisées en chapitres (capitula). Les mérovingiens nont promulgué quun nombre réduit de lois : une dizaine connues en lespace de deux siècles, qui proviennent en majorité de Clovis et de ses proches successeurs. Les premiers carolingiens inspirés par une volonté réformatrice, se sont montrés plus actifs et Charlemagne, Louis le Pieux, Charles le Chauve ont pris plus de deux cents capitulaires en moins dun siècle et demi, dans des matières variées : ladministration et les affaires ecclésiastiques, la répression des crimes et délits et plus rarement le droit privé.
Emanés de lautorité du roi, dont-ils étaient censés exprimer la volonté et doù ils tiraient leur force obligatoire, les capitulaires, depuis le VIe siècle, étaient cependant discutés et approuvés au sein dassemblées, les plaids généraux, qui réunissaient périodiquement les grands laïcs et ecclésiastiques. Sous le règne de Charles le Chauve, lorsque sest amorcé le déclin de lautorité royale, certains ont revêtu laspect de véritables contrats passés entre eux et le roi. A la fin du IXe siècle, avec laccentuation de ce déclin, la législation royale sest raréfiée et a fini par disparaître : lultime capitulaire carolingien date de 884. Avec elle sest tarie la dernière source écrite du droit. A la fin de la période franque, la décomposition du pouvoir a fait disparaître pour plusieurs siècles la législation royale des
sources du droit.
Le droit canonique
Le droit canon ou canonique est lensemble des lois qui régissent l'Église catholique sur le plan interne, et qui disciplinent et sanctionnent la vie des fidèles sur le plan religieux. Dès lorigine, et surtout depuis la reconnaissance officielle du christianisme par les empereurs romains du IVe siècle, lEglise a développé son propre droit, le droit canon. Les sources du droit canon sont : les saintes Écritures, les statuts des conciles, les décrets pontificaux, certains écrits des Pères de l'Église. Un concile est une assemblée d'évêques, à laquelle prennent part des théologiens, qui débat des problèmes doctrinaires ou de discipline ecclésiastique. Les conciles peuvent être provinciaux (réunion des évêques d'une province ecclésiastique), nationaux (réunion des évêques d'une nation), généraux ou cuméniques.
Un décrétale, acte similaire au rescrit de lempire romain, est une lettre du pape réglant des questions en litige et faisant jurisprudence. Un rescrit est une Réponse donnée par l'empereur consulté sur un point de droit par des magistrats ou des particuliers. Tout comme les rescrits les décrétale ont fait jurisprudence. Le droit canonique médiéval a fortement influencé le droit public et privé. Dotée dune organisation politique propre, distincte de celles des Etats, et de ses propres tribunaux (juridictions pontificales et officialités épiscopales), lEglise a imposé son droit à tous les domaines où sétendait sa
compétence : aux affaires ecclésiastiques (discipline des membres du clergé et des fidèles, bénéfices) mais aussi aux actes considérés comme sacrements (spécialement le mariage et ses effets personnels, les relations entre époux, et par extension, la filiation, la condition des enfants légitimes et naturels), à ceux dont elle était bénéficiaire (testaments et donations pieuses) et même aux contrats.