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la crise de l'ancien régime partie 3

L’influence des idées nouvelles
 
La crise de la conscience européenne
 
La Crise de la conscience européenne est le titre de la plus grande œuvre de Paul Hazard, publié en 1935 à Paris. Tout son travail est d’expliquer le basculement psychologique entre une France marquée par l’ordre, le sens de l’autorité, la croyance aux dogmes, la fidélité à l’Église et au roi et une France marquée par le règne de la Raison, du doute, de la liberté individuelle, du rejet des Institutions, de l’Église, des vérités traditionnelles… Une France confortée dans sa puissance de Royaume catholique et une France marqué par le règne de la Raison, dans une Europe des idées. Changements d'abord essentiellement psychologiques et intellectuels mais qui aboutissent à la Révolution. 
 
Les grandes batailles d’idées ont eu lieu avant 1715. Spinoza, Bayle, Locke, Newton, Bossuet, Fénelon… ont été au cœur des combats intellectuels. Un ensemble d’idées fortes ont jailli : rationalisme, pensée anticléricale, sentiment anti-religieux, égalité, liberté de l’individu, droits de l’homme et du citoyen… En 1715 personne encore ne peut imaginer comme sont profonds ces courants et de quelle manière ils détruisent les racines de la société. Tranquillement pourtant, la pensée des peuples évolue et à la fin du XVIIIe, c’est sur ces bases que naît la Révolution. 
 
La philosophie des lumières et son impact
 
Trois penseurs : Montesquieu, Rousseau, Voltaire   
 
Fondateur du libéralisme politique, Montesquieu est aussi l'un des fondateurs de la sociologie moderne. La liberté politique, relative au rapport entre le citoyen et la Constitution, et la liberté civile, qui concerne le rapport entre le citoyen et les lois, forment l'objet essentiel de De l'esprit des lois. Affirmant que « tout homme qui a du
pouvoir est porté à en abuser », Montesquieu tente de trouver les moyens par lesquels « le pouvoir arrête le pouvoir » et de garantir par là la liberté des citoyens. La Constitution de l'Angleterre, établie sur la séparation des pouvoirs, fournit un modèle de gouvernement modéré dont le but est la liberté. Montesquieu distingue le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, mais il attache aussi une importance capitale à la distribution des pouvoirs de l'État : pour éviter qu'une partie de la société ne craigne une autre partie, chacune d'elles doit disposer au moins d'un pouvoir ; d'autre part, il convient d'établir des liens fonctionnels entre législatif, exécutif et judiciaire. C'est pourquoi chaque pouvoir aura une double faculté : celle de statuer et celle d'empêcher.
Ainsi, aucun d'eux ne saurait statuer sans être en même temps empêché par le contrepoids de l'un des autres. En fait, c'est leur collaboration qui réalise la sécurité des hommes et qui les protège contre les abus du pouvoir.
 
Pour Rousseau, « l'homme est né libre, et partout il est dans les fers » ; comme il n'est ni possible ni souhaitable de revenir à l'état de nature, il faut « trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant ». Le peuple est cette fiction dans laquelle les individus unissent leurs « volontés particulières » en une « volonté générale ». Le contrat social, en tant qu'« association » entre individus, est une abstraction : c'est l'origine du passage de l'état de servitude à l'état de liberté, autrement dit du sujet au citoyen, qui n'obéit plus qu'à la volonté générale de la masse des individus devenue « peuple » libre et souverain, source de la loi. Le peuple est perçu comme un « corps » politique dont la volonté générale s'exerce par une souveraineté « inaliénable ». « Je dis donc que la souveraineté n'étant que l'exercice de la volonté générale, ne peut jamais s'aliéner, et que le souverain, qui n'est qu'un être collectif, ne peut être représenté que par lui-même : le pouvoir peut bien se transmettre mais non pas la volonté ». Rousseau est ainsi à l'origine de la conception adoptée par les démocraties libérales.
 
Ironique, sarcastique, Voltaire combat toute sa vie par l'esprit et les lettres, au nom de la raison, de la tolérance et de l'humanisme des Lumières. A priori plus modeste que la volumineuse Encyclopédie de Diderot, cet ouvrage de Voltaire répond au moins à une préoccupation d'ordre pratique: le souci de diffuser des idées nouvelles dans un petit volume aisément transportable… et facile à dissimuler. Sans trop se préoccuper
d'érudition ni d'exactitude, Voltaire s'octroie un espace de libre parole et y exprime sans cérémonie ses conceptions subversives en matière de religion ou d'analyse politique. Voltaire opère avec brio une attaque en règle de la religion, dénie aux Saintes Écritures toute légitimité sans toutefois remettre en cause l'existence de Dieu, s'en prend aux tyrans de toutes sortes. La vivacité du style est une composante caractéristique de
l'écriture voltairienne. Ouvrage important, celui-ci est un élément clef de la révolution intellectuelle du XVIIIe siècle.  
 
« l’esprit du siècle » et inadaptation des institutions  
 
La vérité est recherchée du côté du monde physique, de l'univers pratique. Avec les Lumières, le regard intellectuel curieux se détourne du ciel au profit du monde concret des hommes et des choses. A l'étal du libraire, dans la liste des nouvelles publications, la proportion s'inverse entre les rubriques « arts, sciences et techniques » et « religion », au détriment de cette dernière. Les dogmes et les vérités révélées sont rejetés. Les Lumières refusent la prétention de la religion à tout expliquer, à fournir les raisons ultimes ; elles veulent distinguer entre les différentes sphères de la réalité : le naturel, le politique, le domestique, le religieux, chacun ayant son domaine de pertinence et ses lois, chacun exigeant des savoirs et des méthodes de connaissance différents. En ce sens, les Lumières sont laïques. 
 
L’individualisme est une doctrine selon laquelle la société est formée par et pour des individus. La conception dite « individualiste » de l’homme et de la société est moderne. Pour les anciens, l’homme est naturellement sociable et l’individu ne se conçoit pas en dehors de la cadre de la société. Ce sont les modernes qui ont inventé cette fiction utile d’un contrat social passé entre des individus autonomes, calculateurs et mêmes rationnels. A la société pervertie, Rousseau oppose le Contrat social (1762), par lequel il entend bouleverser les pensées politiques: « [...] trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant ». Dès lors l’Etat est au service de tous les individus qui, le cas échéant, lui demandent des comptes.
 
Diffusion et impact de la philosophie des lumières 
 
Le mouvement des Lumières se distingue des mouvements intellectuels qui l'ont précédé par son destinataire : l'opinion publique. Voltaire, Diderot et leurs amis sont des agitateurs d'idées ; ils veulent discuter, convaincre. Les progrès de l'alphabétisation et de la lecture dans l'Europe du XVIIIe siècle permettent le développement de ce qu'on a appelé un « espace public » : les débats intellectuels et politiques dépassent le cercle restreint de l'administration et des élites, impliquant progressivement des secteurs plus larges de la société. La philosophie est à double titre « l'usage public de la raison », comme le dit Kant : à la fois le débat public, ouvert, contradictoire, qui s'enrichit de la libre discussion, et l'agitation, la propagande pour convaincre et répandre les idées nouvelles.
 
Le siècle des Lumières invente, ou renouvelle, des lieux propices au travail de l'opinion publique. Ce sont d’abord les cafés, où on lit et on débat, comme le Procope, à Paris, où se réunissent Voltaire, Diderot, Marmontel, Fontenelle, et qui sont le rendez-vous nocturne des jeunes poètes ou des critiques qui discutent passionnément des derniers succès de théâtre ou de librairie. Ce sont surtout les salons mondains, ouverts par tous ceux qui ont quelque ambition, ne serait-ce que celle de paraître. Les grandes dames reçoivent artistes, savants et philosophes. Le modèle est l'hôtel de la marquise de Lambert, au début du siècle. Plus tard, Mme de Tencin, rue Saint-Honoré, accueille Marivaux et de nombreux autres écrivains. Mme Geoffrin, Mme du Deffand, Julie de Lespinasse, puis Mme Necker reçoivent les encyclopédistes. Les gens de talent s'y retrouvent pour confronter leurs idées, tester sur un public privilégié leurs derniers vers.

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