I)Des débuts en roman
1)L’auteur
Pierre Boulle est né en 1912 à Avignon. Ingénieur de l'Ecole Supérieure d'Electricité, il devient en 1936 planteur de caoutchouc en Malaisie. Durant dix ans, il ne quittera guère l’Asie. En 1939, il est mobilisé en Indochine. Il retourne en Malaisie en 1941, où il rejoint les Forces Françaises Libres après la reddition de 1940. Là, il se battra et Birmanie, en chine et en Indochine après l'invasion japonaise. Fait prisonnier (il tirera de cette expérience son premier succès littéraire et cinématographique : Le Pont de la rivière Kwai) il s'évade en 1944 et est rapatrié en France. Après un nouveau séjour en Malaisie ainsi qu’au Cameroun, il se fixe à Paris, où l’ancien soldat et planteur et caoutchouc connaîtra la gloire littéraire. Après deux romans en 1950 et 1951, il reçoit en 1952 le prix Sainte-Beuve pour son troisième roman, Le Pont de la rivière Kwai. Le livre tout comme le film de qui en sera tiré connaissent un immense succès. Nouvelle reconnaissance avec un recueil, Contes de l’absurde, qui reçoit le Grand Prix de la Nouvelle. En 1963, c’est La Planète des singes, qui devra son succès au film de Franklin Schaffner, en 1968. Développant un humour pessimiste, l’œuvre de Pierre Boulle flirte volontiers avec le conte philosophique. Pierre Boulle s’est éteint en 1994.
2)Le roman
Tout commence dans un voilier stellaire croisant au large de la Terre : un couple découvre une bouteille avec un message à l’intérieur : le récit incroyable d’Ulysse Mérou, un journaliste terrien, membre de la première expédition hors du système solaire lancée en 2500 par le professeur Antelle et son disciple et physicien Arthur Levain. Au terme d’un voyage de deux ans à une vitesse proche de celle de la lumière (soit plusieurs siècles en temps terrestre), les trois hommes atteignent Bételgeuse. Autour de l’étoile gravite une planète semblable à la Terre, raison pour laquelle les explorateurs la baptisent Soror. Au cours de son exploration, ils tombent sur des hommes primitifs, qui vivent comme des animaux et ne parlent pas. Effrayés, apparemment hostiles à tout objet fabriqué, ces derniers détruisent les vêtements des explorateurs et, pire, leur naette, seul moyen de regagner le vaisseau resté en orbite. Bloqués sur cette planète étrangère, aussi nus que les hommes sauvages, les trois terriens tombent de Charybde en Scylla car ils sont pris dans une chasse à l’homme menée par des gorilles. Le journaliste découvre ainsi que Soror est aux mains des singes dont la civilisation et le niveau technologique sont à peu près l’équivalent de nos années 1950. Gorilles, chimpanzés, orangs-outangs, vivent sur un pied d’égalité au sein d’un gouvernement mondial. L’homme est un animal et traité comme tel. Ulysse est donc conduit dans un institut scientifique.
3)Analyse
Dès le départ, le roman repose sur l’ironie. Le narrateur porte le prénom d’un explorateur prestigieux entre tous, Ulysse ; prestige aussitôt contrebalancé par le ridicule de son patronyme : Mérou. Par la suite, et jusque dans la phrase finale qui révèle la véritable nature des découvreurs du message, l’auteur n’épargne rien à ses congénères, montrant combien fragile est la limite entre l’homme et l’animal : Antelle, un savant brillant, retourne à l’état sauvage et se bat pour un peu de nourriture. Quant à Ulysse, il se voit contraint de faire une démonstration des mœurs sexuelles humaines devant les zoologistes simiesques dans un passage cruellement humoristique : « Oui ! moi, un des rois de la création, je commençai à tourner en rond autour de ma belle. Moi, l’ultime chef-d’œuvre d’une évolution millénaire, devant tous ces singes assemblés qui m’observaient [...], invoquant l’excuse de circonstances cosmiques exceptionnelles, [...] j’entamai à la façon des paons, autour de la merveilleuse Nova, la parade de l’amour. » Dans La Planète des singes, le renversement de situation homme / animal est une illustration du fait que homme est un événement éphémère et insignifiant dans l’histoire de l’univers. Doté d’un style très froid, peu soucieux, contrairement à beaucoup de romans de science-fiction, de développer une intrigue palpitante ou de bâtir un univers (Boulle utilise l’Occident des années 1950), peu soucieux également de rigueur scientifique (l’utilisation des voyages à des vitesses relativistes est certes correcte ; en revanche le réveil de la mémoire de l’espèce a surtout l’intérêt d’être bien utile à l’histoire), le roman La Planète des singes se veut et est avant tout un conte philosophique.