• Enrichissement et transmission de l'héritage antique partie 1.6

          c)Royauté et féodalité

    La royauté a pu apparaitre comme la principale victime de la féodalité. Elle est sortie dans un premier temps diminuée du mouvement de décomposition du pouvoir, sans pour autant disparaitre. Mais elle est parvenue ensuite à se ressaisir et a alors tiré profit du droit féodal pour reconstituer sa puissance.

    Victime de la féodalité, la royauté le fut incontestablement au Xe-XIe siècle. Le roi est tombé sous la dépendance des grands, qui l’élisaient et dont il tenait sa couronne. Hugues Capet et ses descendants réussirent à rendre à nouveau la royauté héréditaire en prenant l’habitude de faire sacrer et d’associer au trône de leur vivant leurs fils ainé, qui, à leur mort, étant déjà roi, leur succédait automatiquement. Mais si les grands acceptèrent sans difficulté cette pratique, c’est parce que le pouvoir royal ne comptait plus guère pour eux.

    Dans le même temps, les princes territoriaux se rendaient de plus en plus indépendants du roi. Au XIe siècle, le cercle des vassaux royaux s’est réduit aux petits seigneurs d’Ile-de-France et des régions voisines. L’affaiblissement du roi a accompagné cette évolution. La royauté, dépourvue de pouvoirs réels et de moyens, se réduisait à une prééminence honorifique qui a pourtant permis, avec le concours d’hommes d’Eglise restés fidèles aux conceptions politiques carolingiennes, de conserver l’idée de ministère royal au service de la respublica, singularisé par le sacre et différent, par nature, des fonctions seigneuriales. 

    Le retournement de la conjoncture politique aux XIIe-XIIIe siècle a fait du roi non plus la victime mais le bénéficiaire de la féodalité. L’essor économique, en contribuant à renforcer la puissances des plus grands seigneurs au détriment des petits vassaux, le renouveau intellectuel, en ramenant au premier plan les idées politiques de l’Antiquité, l’exemple de l’Eglise qui avait rétabli, dès la seconde moitié du XIe siècle, une stricte organisation hiérarchique dans le cadre de la réforme grégorienne, ont œuvré en faveur de la reconstitution de l’autorité et de la formation d’une hiérarchie féodale structurée, dont le roi occupait le sommet.

    Au XIIe siècle, ces facteurs ont permis la reconstitution de grandes principautés territoriales, dont l’existence n’était pas sans danger pour la royauté. Néanmoins le roi a su tirer parti de sa position de suzerain pour exiger l’hommage de tous ses vassaux, y compris des princes territoriaux, arbitrer les conflits entre eux et multiplier les interventions dans leurs fiefs. Les techniques du droit féodal, plus fermes et précises qu’aux siècles précédents, lui ont permis d’agrandir son domaine. Cette politique d’agrandissements parfois minimes mais nombreux et poursuivis avec constance a permis de faire coïncider largement les limites du domaine royal avec celles du royaume, de précipiter le déclin de la féodalité politique et de préparer la renaissance de l’Etat.


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